Fin octobre, la même scène se rejoue dans beaucoup d’entreprises. Une affiche Mois sans tabac apparaît près de la machine à café, un mail part de la direction, et puis plus rien. Les fumeurs qui avaient vaguement envie d’essayer descendent fumer comme d’habitude, les non-fumeurs n’ont rien vu, et l’opération est rangée dans le dossier « communication interne » jusqu’à l’année suivante. Accompagner le mois sans tabac en entreprise demande un peu plus qu’une affiche. Pas beaucoup plus, mais autre chose. Voici ce qu’un service RH peut faire, concrètement, et ce qu’il doit éviter.
Pour accompagner le mois sans tabac en entreprise, les RH annoncent l’opération dès octobre, recrutent des volontaires sans jamais les désigner, proposent un accès facile aux outils gratuits de Santé publique France (kit, application, 39 89), organisent un ou deux temps collectifs avec un tabacologue, et installent un suivi hebdomadaire entre pairs. La participation reste volontaire et confidentielle, les managers soutiennent sans contrôler, et l’entreprise mesure l’opération sur la participation, pas sur le nombre d’arrêts réussis.
Ce que le Mois sans tabac change pour un service RH
Parler tabac à ses salariés est délicat le reste de l’année. Cela touche à la vie privée, à une dépendance, parfois à une gêne. Le mois de novembre lève cette difficulté.
Un défi national qui donne aux RH un prétexte légitime
Mois sans tabac est une opération de Santé publique France, lancée en 2016, qui propose aux fumeurs d’arrêter ensemble du 1er au 30 novembre. Le principe repose sur un chiffre simple : tenir 30 jours sans fumer multiplie par cinq les chances d’arrêter définitivement. Depuis la première édition, plus de 1,4 million de personnes se sont inscrites en ligne, et l’édition 2024 a rassemblé près de 134 000 inscrits et 5 600 partenaires, dont de nombreux employeurs. Pour un service RH, cette caution publique change tout. Vous ne montez pas une campagne anti-tabac maison, vous relayez un mouvement que vos salariés voient déjà à la télévision et sur les réseaux.
Volontariat, confidentialité et rôle du manager : les règles du jeu
Trois règles conditionnent tout le reste. Le volontariat d’abord : personne n’est inscrit, désigné ou « encouragé » par son manager. La confidentialité ensuite : la liste des participants ne circule pas, et aucune donnée sur la consommation d’un salarié n’entre dans un dossier RH. Le rôle du manager enfin : il rend possible (un créneau pour l’atelier, un mot bienveillant), il ne surveille pas, il ne commente pas les pauses cigarette. C’est là qu’un regard extérieur aide, parce que la frontière entre soutien et intrusion se franchit vite avec de bonnes intentions. Des cabinets spécialisés dans la prévention des addictions en milieu professionnel, comme GAE Conseil, ont bâti leur approche sur cette distinction et peuvent vous aider à accompagner le mois sans tabac en entreprise sans franchir la ligne.
Bon à savoir : l’interdiction de fumer dans les lieux fermés et couverts constituant des lieux de travail est fixée par le Code de la santé publique (article R3512-2), et l’employeur doit afficher une signalisation qui la rappelle. Le Mois sans tabac ne modifie pas ce cadre, il s’y ajoute. Une opération de prévention ne remplace jamais la conformité de base.
Les actions concrètes à mettre en place en novembre
Un Mois sans tabac réussi se joue sur une dizaine d’actions modestes, calées dans le temps. La liste ci-dessous n’est pas un menu à cocher entièrement, c’est une base à adapter à votre effectif et à vos sites.
Avant le 1er novembre : sonder, annoncer, recruter les volontaires
Mi-octobre, envoyez un sondage anonyme de trois questions : fumez-vous, envisagez-vous d’arrêter, seriez-vous intéressé par un accompagnement en novembre. Le résultat dimensionne l’opération et vous évite de réserver un tabacologue pour trois personnes. Annoncez ensuite le programme complet, dates comprises, et ouvrez un canal d’inscription discret (formulaire, mail à une adresse dédiée). Commandez le kit gratuit de Santé publique France pour ceux qui le souhaitent : il contient un programme de 40 jours et des outils pratiques.
Ateliers, stand et consultations : ce qui marche vraiment sur le terrain
Le stand tenu par un tabacologue dans le hall, sur une demi-journée, reste le format le plus efficace pour toucher les hésitants : on s’y arrête sans s’être inscrit, on repart avec une idée plus juste de sa dépendance. L’atelier participatif en petit groupe fonctionne pour ceux qui se sont lancés et ont besoin de partager. La consultation individuelle avec un tabacologue, sur site ou à distance, s’adresse aux plus dépendants et doit rester strictement confidentielle. Un webinaire enregistré complète le dispositif pour les salariés en télétravail ou sur des sites éloignés.
Bon à savoir : depuis le 1er janvier 2019, les substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles) sont remboursés à 65 % par l’Assurance Maladie sur prescription d’un professionnel de santé habilité, sans plafond annuel. Un salarié qui hésite pour une question de coût peut donc s’appuyer sur son médecin, et le service de santé au travail peut le lui rappeler.
La communication interne : rythme, canaux et ton
Une communication par semaine suffit, à jour fixe. Elle donne un chiffre du collectif (« nous sommes 23 à avoir passé la première semaine »), un conseil pratique et l’agenda de la semaine suivante. Le ton compte davantage que le support : pas de moralisation, pas de « il est temps d’arrêter », plutôt des témoignages courts de salariés qui acceptent de parler et des informations utiles sur le manque, le sommeil ou l’appétit. Les non-fumeurs doivent avoir un rôle, sinon ils décrochent : coéquipiers d’un binôme, relais d’encouragements, participants au challenge de pas ou à la marche du jeudi.
Le soutien collectif : binômes, groupe de parole et point d’étape hebdo
L’effet de groupe est le moteur de l’opération. Proposez des binômes volontaires (un fumeur qui arrête, un collègue qui l’épaule), un créneau hebdomadaire de 30 minutes en fin de journée pour ceux qui veulent échanger, et un point d’étape le vendredi. Attention au piège classique de la qualité de vie au travail : multiplier les animations sympathiques sans rien changer au quotidien. Nous en parlions dans notre article sur la QVT et les actions gadget. Un Mois sans tabac qui se résume à une corbeille de fruits et un badge tombe dans cette catégorie.
Le saviez-vous ? En 2024, 18,2 % des 18-75 ans fumaient quotidiennement en France, contre 28,6 % dix ans plus tôt, soit environ 4 millions de fumeurs quotidiens en moins selon Santé publique France. Et 55 % des fumeurs quotidiens déclarent vouloir arrêter. Dans une entreprise de 200 personnes, cela représente quelques dizaines de salariés potentiellement intéressés.

Les bénéfices RH d’un Mois sans tabac bien mené
Le brief interne demande souvent un retour sur investissement. Il existe, mais il ne se lit pas sur un seul mois.
Absentéisme, santé et sécurité
Le tabagisme pèse sur la santé des salariés, donc sur les arrêts et sur la sécurité, en particulier dans les métiers physiques ou sur les postes de conduite. Un Mois sans tabac ne fait pas baisser l’absentéisme en décembre. Il installe une habitude de prévention, ouvre le dialogue avec le service de santé au travail et rend visible un sujet que les entretiens annuels n’abordent jamais. C’est cette régularité, année après année, qui produit un effet mesurable.
Bien-être, cohésion et marque employeur
Le bénéfice immédiat est ailleurs. Un défi collectif, mené sans pression, crée des conversations entre services qui ne se parlent pas, donne aux managers une occasion de montrer de l’attention sans intrusion, et fournit un contenu sincère pour la communication employeur. Les candidats regardent ce que l’entreprise fait pour ses salariés, pas ce qu’elle écrit dans sa charte.
Et quand un salarié craque le 12 novembre ?
C’est la question que personne ne prépare et qui arrive à coup sûr. Une reprise en cours de mois n’est pas un échec de l’opération, c’est une étape normale du sevrage. Le message à faire passer, dès le lancement, est simple : on peut craquer, redémarrer et rester dans le défi. Le salarié qui rechute a besoin qu’on ne lui pose aucune question au bureau, et qu’un tabacologue ou le 39 89 soit joignable sans passer par les RH. Prévoyez ce scénario dans la communication de la deuxième semaine, quand les premières rechutes surviennent, plutôt que de le découvrir en silence.
Se faire accompagner : l’offre Mois sans tabac de GAE Conseil
Monter tout cela en interne est possible dans une PME avec un service de santé au travail réactif. Au-delà, ou sur plusieurs sites, un prestataire spécialisé fait gagner du temps et évite les maladresses. GAE Conseil, cabinet spécialisé dans la prévention des addictions en milieu professionnel, structure son offre Mois sans tabac en trois niveaux. La prévention primaire, pour prendre conscience des enjeux : webinaires animés par des tabacologues, cardiologues ou psychologues, stand de sensibilisation, consultation de bilan avec un tabacologue, jeu en ligne sur les idées reçues. La prévention secondaire, pour approfondir : ateliers participatifs en groupe de parole et formation des services de santé au travail au repérage précoce. La prévention tertiaire, pour se lancer dans l’arrêt : consultations d’accompagnement au sevrage avec suivi de la motivation et prévention de la rechute. Ces formats tiennent sur quelques heures ou une journée, et peuvent se prolonger le reste de l’année dans une politique de prévention plus large. Le livret de l’offre se télécharge sur leur site.
Accompagner le mois sans tabac en entreprise se résume finalement à trois engagements : rendre le défi visible, le laisser volontaire, et tenir jusqu’au 30 novembre avec les salariés qui ont craqué comme avec ceux qui ont tenu.
Questions fréquentes
Une entreprise doit-elle payer pour participer au Mois sans tabac ?
Non. L’inscription des salariés, le kit d’aide à l’arrêt, l’application et le 39 89 sont gratuits. Les frais apparaissent si vous faites intervenir un tabacologue ou un cabinet spécialisé sur site.
Comment impliquer les non-fumeurs sans les ennuyer ?
Donnez-leur un rôle actif : coéquipier d’un binôme, animateur du point hebdo, participant aux activités collectives ouvertes à tous. Un défi réservé aux fumeurs s’essouffle en dix jours.
Un manager peut-il demander à un salarié s’il participe ?
Non. La participation est volontaire et confidentielle. Le manager peut annoncer le programme et faciliter l’accès aux ateliers, pas interroger individuellement.
Peut-on organiser l’opération à un autre moment que novembre ?
Oui, mais l’effet est moindre. En novembre, la campagne nationale fait le travail de sensibilisation à votre place et les salariés en entendent parler partout.





