Brigitte Laloupe



Quels sont les impacts de l’éducation genré des enfants sur leurs comportements, leurs idées reçues ou encore leurs choix de carrière ?

Réponse avec Brigitte LALOUPE, autrice du livre « Education non sexiste : Stop aux stéréotypes de genre ! »



A l'école maternelle il arrive encore que des petites filles renoncent à monter sur le toboggan parce qu'elles ont peur qu'on voit leurs culottes.


C'est loin d'être aussi anodin que cela en a l'air. Très tôt filles et garçons ne reçoivent pas les mêmes injonctions et n'ont pas les mêmes expériences physiques. Les vêtements contribuent à limiter la motricité des filles. Plus fragiles, plus salissants, moins pratiques elles doivent y faire plus attention, d'autant plus qu'elles connaissent déjà l'importance de l'apparence. Les garçons n'ont pas les mêmes contraintes : leurs vêtements leurs laissent plus de libertés, et si ils les salissent c'est la preuve qu'ils sont actifs.

En même temps, ils n'ont pas appris que la culotte de leurs camarades était un vêtement comme les autres et qu'il n'y avait pas lieu d'y prêter attention lorsqu'ils l'apercevaient. Au contraire, filles et garçons savent déjà que les filles ne doivent pas montrer leur culotte.

A lui seul cet exemple démontre que l'acquisition des comportements genrés démarre très tôt et façonne les enfants. Ces acquisitions évolueront au fils des années pour devenir un enjeu primordial pour les adolescents lorsqu'il sera question de sexualité.

Mais se comporter selon un genre ne passe pas que par la tenue vestimentaire. Les stéréotypes qui guident nos choix concernent tous les domaines de la vie : si les revenus des femmes sont encore inférieurs de 27% à ceux des hommes ce n'est pas à cause de leurs vêtements, mais parce qu'elles ne briguent pas les mêmes postes, ne s'intéressent pas aux mêmes missions, n'ont pas la même vision de la compétition et parce qu'on les pense moins compétentes, moins aptes à diriger etc.

Depuis quelques années de nombreuses lois visent à rétablir l'équilibre, mais les évolutions restent trop lentes. Pour prendre le mal à la racine il convient maintenant de réfléchir à la façon dont les enfants sont éduqués. Et ce dès leur naissance, et même avant car les parents qui rêvent d'un petit garçon footballeur ou d'une petite fille avec des couettes, modifient imperceptiblement leurs attentes. Et les feront se réaliser. On appelle cela des prophéties auto-réalisatrices.

Les enfants imitent les adultes, en particulier leurs parents auxquels ils s'identifient. Ils savent si certaines tâches sont plutôt du ressort de papa ou de maman. Ils mesurent inconsciemment la répartition vie professionnelle/vie familiale de chacun. Ils seront donc très tôt incités à choisir certaines activités, certains jeux, d'autant plus que ces choix seront validés et renforcés par l'entourage.

Tous les aspects de la vie quotidiennes sont concernés : les jouets et jeux, les livres, les films, les activités que l'on partage avec eux, la façon dont on leur parle, les encouragements qu'on leur donne, ou pas, les émotions que l'on encourage ou que l'on réprime (la peur ou la tristesse pour les garçons, la colère pour les filles).

Pour tous les parents ou enseignants qui voudraient faire changer les choses et proposer à leurs enfants des apprentissages et une éducation moins stéréotypées le challenge est complexe. Mais les jeunes générations sont de plus en plus sensibilisées au sujet et semblent même plutôt demandeuses d'évolutions.


Brigitte Laloupe


Autrice de :